Il se refusa d'abord à croire Pauline capable de lui être infidèle. Cette supposition lui paraissait tellement improbable, qu'il s'en accusa presque, lorsqu'elle vint à lui traverser l'esprit, comme d'un outrage gratuit envers sa femme.
«Allons donc! se dit-il, ces choses-là n'arrivent qu'aux maris affligés de femmes coquettes et légères, et encore, pour l'ordinaire, lorsqu'ils leur en ont eux-mêmes donné l'exemple. J'ai toujours été un mari parfait; Pauline est prudente et sérieuse. C'est impossible. Peut-on cacher des aventures de cette sorte? J'aurais remarqué...»
Il est vrai que Pauline avait souvent fait preuve devant lui d'idées subversives étranges dans la bouche d'une honnête femme. Mais de ce que les théories qu'elle exprimait quelquefois fussent répréhensibles et témoignassent d'une certaine inquiétude de pensée, s'en suivait-il que, dans la pratique, sa vie ne fût pas irréprochable? Qui n'a pas, dans un domaine ou dans un autre, ses utopies? Que Pauline s'amusât à dauber les petites misères de la société, qu'elle se plût à créer en imagination un univers idéal où tous les hommes seraient heureux, ce n'était peut-être pas très sain, mais de là à faire fi de ses devoirs, de là à le tromper, lui, Facial, il y avait un abîme immense.
Quel pouvait bien être alors le motif de l'incroyable conduite de sa femme?
L'hypothèse à laquelle Facial s'arrêta quelque temps fut que Pauline était malade.
«Mais dans ce cas, pourquoi ne me le dit-elle pas? Il n'y a aucune honte à être malade! Toutes les femmes ont de ces moments-là. Je comprends qu'elle n'aille pas le crier sur les toits, mais moi, son mari, je dois pourtant être tenu au courant de ses infirmités, surtout lorsqu'elles sont de nature à suspendre l'intimité de nos rapports!»
Cependant, les investigations auxquelles Facial se livra, jusque dans les meubles de la chambre à coucher et du cabinet de toilette de Pauline, ne donnèrent aucun résultat. Il ne découvrit ni drogues, ni instruments suspects. Le médecin de la maison, qu'il interrogea, se montra très surpris de ses questions, et, croyant le tranquilliser, lui déclara qu'à part une certaine nervosité, trop commune en notre siècle de surmenage, la santé de sa femme ne laissait rien à désirer.
Il fallait trouver autre chose.
«Est-ce que par hasard—ce fut sa seconde hypothèse—Pauline serait dégoûtée de moi? Je ne suis cependant pas vieux. Mon corps ne s'est pas sensiblement modifié ces dernières années, et ce dégoût subit de ma personne ne serait explicable que par une décrépitude marquée ou par l'apparition de quelque incommodité répugnante. Or, rien, absolument rien ne le justifie. Quelques rhumatismes, un commencement d'asthme: mais il n'y a rien là de dégoûtant. Je suis dans la plus belle saison de l'homme, l'été, le plein été... et pas même l'été de la Saint-Martin! Comment Pauline pourrait-elle être dégoûtée de moi?»
En y réfléchissant, néanmoins, Facial n'avait garde de se dissimuler que sa présence, loin d'être agréable à sa femme, semblait la contrarier et l'agacer. Chaque fois qu'il lui adressait la parole, elle répondait sans empressement, comme ennuyée d'avoir à s'occuper de lui. S'il s'approchait, au moment de prendre congé, pour l'embrasser, elle avait un instinctif recul, et quand ses lèvres effleuraient sa joue, un frisson de répulsion péniblement réprimé.