—L'affaire fut, en effet, très vite expédiée, reprit le sénateur. Imaginez-vous que cette... dame avait poussé l'impudence jusqu'à avouer par écrit son adultère. L'avocat n'eut qu'à produire ce document. La preuve était faite.

—Comment trouvez-vous ça, ma chérie?

—Scandaleux!

—Épouvantable!

—Sinistre!

—Faut-il être assez dépourvu de sens moral!

—Assez dinde! corrigea Émile. «N'avouez jamais!» C'était hier dans ma leçon d'histoire.

Sénéchal acquiesça de la main.

—Vous n'ignorez pas, belles dames, continua-t-il avec complaisance, que la loi est formelle à cet égard. L'adultère est ce qu'on appelle, en style juridique, une cause péremptoire de divorce. Une fois l'adultère établi, le magistrat n'a plus qu'à s'incliner et qu'à prononcer le jugement fatal. D'habitude, le procès consiste justement à rechercher, à examiner, à apprécier les preuves produites par le demandeur. C'est là que réside le piquant de l'affaire. Des témoins ont vu, ont entendu des choses extraordinaires; on raconte des histoires de derrière les fagots; le demandeur explique, insiste, entre dans des détails tout à fait exceptionnels; le défenseur ne cède que pied à pied le terrain, discute, nie, et l'on est obligé de prendre d'assaut l'un après l'autre, à coups d'arguments ad hominem ou plutôt ad feminam, les quatre coins chaudement disputés de l'alcôve incriminée. Voilà qui devient palpitant! Voilà qui en vaut la peine! Mais réunir le tribunal, convoquer le public et offrir pour tout potage un avocat qui se lève et dit: «Messieurs, nous plaidons en divorce contre Mme Facial, notre épouse. Nous alléguons contre elle l'adultère dont elle s'est rendue coupable, et nous sommes en possession d'une lettre qui fait surabondamment la preuve de ce que nous avançons...» Ah non! je suis frustré! Je ne me laisse pas émouvoir par une pièce qui n'a plus de péripéties; je ne suis plus disposé à l'indulgence; je reste sévère, mais juste. Mme Facial n'a même pas su se rendre intéressante.

—Quel esprit!