Une catastrophe menaçait.
Pauline en était là de ses souvenirs, lorsqu'on annonça Mme Chandivier.
—Bonjour, Julienne. Vous me surprenez dans de tristes rêveries.
—Vraiment, chère amie? Que vous arrive-t-il?
—Peu de chose: je songe à ma vie.
—Et vous voilà toute mélancolique! Moi, lorsque je me raconte mon histoire—cela se trouve d'abord rarement, et puis je ne m'en souviens pas bien—j'y vois plus sujet à rire qu'à pleurer. C'est gai, la vie: ou du moins, c'est amusant. Je sais qu'il y a beaucoup de misère dans le monde; mais quand par la naissance, la fortune, l'éducation, on appartient aux classes privilégiées, que l'on n'a eu ni chagrins sérieux, ni contrariétés humiliantes, et que l'on jouit d'une bonne santé, il faut avoir l'esprit vraiment mal tourné pour ne pas être charmé de l'aventure. Auriez-vous l'esprit mal tourné, Pauline?
—Peut-être; j'envie parfois les femmes du peuple, qui, moins favorisées, exigent moins de l'existence.
—Et quelles sont vos exigences?
—Une seule: le bonheur.
—Nous tournons dans un cercle vicieux.