—Je m'en aperçois.

—Ah ça! dit Julienne avec enjouement, que vous faut-il de plus? Un mari? Vous l'avez. Un enfant? Vous l'avez. De l'argent? Vous en avez. Des distractions? des goûts? des relations? Vous avez tout cela. Il ne tient qu'à vous d'en profiter pour votre plus grand plaisir. Peut-être, ajouta-t-elle malicieusement, n'êtes-vous pas très heureuse en ménage? Mais non, vous m'avez toujours assurée du contraire.

—C'est vrai, répliqua Pauline qui ne voulait pas se laisser interroger par Julienne; c'est vrai, et lorsque je cherche des raisons valables à mon mécontentement, je n'en trouve pas. Attribuez-le à mon caractère, moins propice que le vôtre, ou aux idées noires qui, sans qu'on sache pourquoi, troublent les meilleures volontés, et n'en parlons plus. Parlons de vous, continua-t-elle pour prendre à son tour l'offensive: qu'avez-vous fait toute cette semaine que je ne vous ai pas vue?

J'ai bien des choses à vous raconter. Vous savez que je n'ai pas de secrets pour vous, et que je me plais à vous tenir au courant des moindres événements. Imaginez-vous que je suis réconciliée avec Arthur.

—Arthur? fit Pauline sans comprendre.

—Oui, Sénéchal, le sénateur. Vous ne saviez pas qu'il s'appelle Arthur?

—J'ignorais même que vous fussiez brouillés.

—A mort, depuis deux mois. Je ne le voyais plus. Hier, enfin, il me revient, contrit, repentant, implorant son pardon pour la scène ridicule qui avait été cause de notre querelle. Je le lui accorde délibérément. Là-dessus, il tire de sa poche un écrin, l'ouvre, m'exhibe un charmant bracelet de turquoises et me l'offre pour sceller la paix. Je me drape alors de toute la dignité que je puis rassembler, je le considère calmement et je lui dis en propres termes: «Pour qui me prenez-vous, Monsieur? Je n'ai pas l'habitude de recevoir des présents de mes amis, surtout dans de pareilles circonstances. Mon mari gagne assez d'argent pour me donner des turquoises quand j'en ai envie. Si j'ai eu quelques bontés pour vous et si je suis disposée à oublier le passé, ce n'est pas pour d'autres intérêts que celui de votre personne. Je ne veux pas qu'il y ait dans nos rapports l'ombre d'une vénalité.» Ce petit discours a fait le meilleur effet. Il m'a appelée une Danaé armée d'un parapluie. Je ne sais pas ce que cela veut dire, mais ce doit être un compliment. Néanmoins, comme les turquoises étaient jolies, j'ai fini par les accepter. «Allons! a dit Arthur, vous fermez votre parapluie: il fait de nouveau beau temps.» Comment trouvez-vous mon histoire?

—J'en suis heureuse pour vous. Mais quel était le sujet de la querelle?

—Arthur était jaloux de Réderic. De quoi venait-il se mêler? Réderic est un charmant garçon. Ne suis-je pas libre de le recevoir chez moi comme je veux et autant que je veux?