—Épargnez-moi cet horrible blasphème! D'ailleurs, je sais. Votre sœur de Béhutin m'a tout appris. Je vous plains, je vous plains.
—Alors, soyez miséricordieuse! Si vous savez tout, si vous savez qui est cette femme, ce qu'elle a fait pour moi, combien elle m'aime, combien je l'aime, si vous le savez, vous devez comprendre pourquoi je suis venu ici, ce que je suis venu demander de vous.
—Serait-ce le repentir qui vous pousse? Je suis prête à pardonner.
Odon fit un geste de désespoir.
—Le pardon, continua Mme de Rocrange, je vous l'offre depuis dix ans. Je continue à vous l'offrir, et je vous l'offrirai toujours. Chaque matin, ma prière à Jésus est: «Daignez, Seigneur, ramener au bercail la brebis égarée! Pardonnez-lui comme je lui pardonne!»
—Vous faites semblant de ne pas comprendre, dit Odon. Ah! écoutez! je souffre trop. Vous compatirez à ma souffrance. Et puisque d'un mot vous pouvez me rendre heureux, ce mot vous ne le refuserez pas.
Avec des larmes dans la voix, il lui conta, sans rien lui cacher, l'histoire de sa liaison. Il mit dans ce récit toute l'éloquence de son cœur, s'appliquant à faire ressortir le caractère éminemment noble de sa maîtresse, la pureté de leur amour, l'iniquité des jugements humains à leur égard. Il parla surtout de l'odieuse torture infligée à Pauline, à cette mère qu'on avait privée de son enfant.
Mme de Rocrange ne l'interrompit pas.
Lorsqu'il crut l'avoir émue, il aborda délicatement la situation, chercha à faire entendre à sa femme ce qu'il désirait d'elle, à l'amener à proposer elle-même de lui rendre sa liberté.