—Ah! Madame, vous êtes cruelle, épouvantablement cruelle. Vous êtes plus féroce pour nous que ce monde dont vous exécrez la méchanceté. Qu'avez-vous fait de l'Évangile, qui ordonne d'être bon, d'être charitable, d'avoir pitié, de secourir ceux qui ont besoin de secours? Le Christ a accueilli la femme de mauvaise vie, et vous, qui vous réclamez de lui, vous repoussez la prière de celui qui vous supplie de permettre qu'une œuvre de réparation s'accomplisse. Et cela non par jalousie, car vous ne m'aimez pas, non par vengeance, car vous ne me haïssez pas, mais par je ne sais quelle atroce et lugubre discipline, dont vous concevez peut-être tout le crime, sans trouver dans votre conscience assez de foi pour oser l'enfreindre. Vous croyez à la vie éternelle et au jugement des bons et des méchants. Lorsque vous vous présenterez devant le tribunal suprême et que vous direz: Voilà ce que j'ai fait! croyez-vous que le divin Crucifié vous répondra avec joie: C'est bien, bonne et fidèle servante, tu es digne d'entrer parmi les élus de mon Père? Ah! Madame, vous encourez une grande responsabilité.

Marie de Rocrange eut un frissonnement des paupières. Son visage devint plus pâle. Mais elle dit:

—Je ne sais qu'une chose. L'Église ordonne: Tu ne désuniras point ce que Dieu a uni. J'obéis.

Odon tomba à ses genoux, sanglotant:

—Par grâce! Marie! Marie! Réfléchissez-y!

Il prit sa main blanche et voulut la porter à ses lèvres.

Elle se raidit, étrangement troublée, en murmurant rapidement:

—Mon Dieu, ayez pitié de moi!

Il crut qu'elle faiblissait. Il baisa sa robe.