—C'est ma mère.

—Ah! fit la femme, je vous demande excuse. Il n'y a pas de mal à ça. Il faut bien être le fils de quelqu'un.

Et pour manifester sa bonté, elle ajouta:

—Venez avec moi, mon jeune monsieur: je vais de ce côté; je vous montrerai où c'est. Il y en a pour dix minutes.

Dix minutes! Dans dix minutes, après plus d'une année de séparation! Il fut pris d'une telle émotion, qu'il pouvait à peine se soutenir. Tout en marchant, la fruitière le questionnait, s'apitoyait sur lui. Il n'entendait rien, la tête bourdonnante d'impressions confuses, le cœur gonflé, les genoux vacillants. A ce moment, son père en personne eût surgi devant lui et lui eût crié que sa mère avait commis un crime, qu'il eût répondu: Elle a bien fait. Il ne concevait pas que quelque chose fût reproché à sa mère. Elle n'agissait que noblement, saintement. Dieu lui-même n'avait pas le droit de l'accuser. Et sa vénération croissait en proportion du rempart de haine et d'injustice qu'on avait dressé autour d'elle. Que signifiaient ces infamies qui flottaient? Il aurait voulu mourir et que son sang se répandît à ses pieds.

La fruitière dit:

—C'est ici.

Elle montrait une villa. La grille était entr'ouverte. Marcelin entra. Au bout de quelques pas dans le jardin, il aperçut, entre les bosquets, une robe blanche.

Fou, il courut.