—C'est-à-dire de ceux pour qui liberté n'implique rien de plus que la simple possibilité de satisfaire leurs caprices.
—Que vous faut-il d'autre?
—La liberté morale.
—Qu'est-ce que cela veut dire?
—C'est juste, répondit Pauline; j'oubliais que vous êtes heureuse: vous ne pouvez pas savoir ce que c'est.
—Ne cherchez-vous pas un peu midi à quatorze heures, ma chère?
—Que voulez-vous! Chacun n'habite pas sous le même méridien.
—Je crois que ce qui vous trouble est l'apparente hypocrisie qu'il y a à ce que nous gardions le secret de nos amours. Vous voudriez l'amour au grand soleil. Ne voyant dans l'amour qu'un bien, vous vous demandez pourquoi on le cache comme le mal. Vous avez raison, et dans le pays d'Utopie on doit aimer comme vous le désirez. Mais vous ne tenez pas compte de ces affreuses passions humaines qui s'appellent la jalousie, l'amour-propre, la médisance, la domination, l'intolérance. Concevez-vous les précautions à prendre pour n'offenser personne, ne pas provoquer une mêlée générale et faire régner un peu de paix sur cette pauvre terre, où il y a d'ailleurs tant d'occasions de se battre?
—Oui, dit Pauline, et cela revient justement à ce que je disais, c'est qu'il faut manquer de sens moral pour ne pas s'apercevoir que cette liberté de l'amour dont vous vous prévalez n'est, en réalité, que la pire des tyrannies.