—Ce sera un grand changement dans ton éducation.
—Papa m'avait donné le choix entre trois écoles: l'École polytechnique, Saint-Cyr ou l'École de droit. Il dit qu'un jeune garçon de ma position doit avoir l'ambition de devenir quelqu'un.
—J'espère que M. Facial ne se montrera pas intraitable. Nous ferons tout pour essayer d'obtenir de lui la permission de revenir à Paris, afin que nous puissions te donner l'instruction qu'il convient.
—Et s'il refuse?
—Il faudra alors renoncer aux carrières auxquelles donnent accès les écoles de l'État.
—Je ne sais pas si ce sera jamais pour moi un sacrifice; en tous cas, il sera bien minime au prix du bonheur de conserver ma mère.
—Et il n'y a pas besoin de diplômes pour devenir un homme.
Mais Pauline avait changé de visage. Elle venait seulement de se rendre compte des conséquences illimitées qu'aurait pour son fils la révolte contre l'autorité paternelle. C'était briser l'avenir de Marcelin. Facial maintiendrait ses droits jusqu'au bout. Et par une vision rapide, elle pensa au moment où, quelques années plus tard, l'enfant devenu jeune homme, saisi par la puissance d'une vocation—laquelle? savait-elle? savait-il?—regretterait amèrement ce qu'il appellerait peut-être son coup de tête. Son existence perdue, ses rêves irréalisables, voilà ce qu'il lui reprocherait. Et elle seule serait coupable. Et il aurait raison de l'accuser. Et il l'accuserait peut-être avec désespoir. Il pourrait lui dire: «Ma mère, vous avez été égoïste et lâche. Vous avez abusé de mon amour pour vous. Étais-je capable alors de décider de ma vie? Toute ma vie, songez-y, pour m'épargner quelques larmes sentimentales d'enfant! Et maintenant, voyez, je ne suis bon à rien, je n'ai rien, je ne suis rien. Croyez-vous que mon amour filial même ne soit pas irrémédiablement empoisonné par la pensée amère de ma stérilité? Cruelle ironie vraiment! Je vous aimais, j'étais innocent: et vous, qui aviez le devoir d'être prudente à ma place, vous avez manqué de courage, vous m'avez trahi.» Voilà ce qu'il lui dirait, sans doute. Que répondrait-elle à ces paroles affreuses? Et à supposer l'improbable, Facial leur permettant le séjour de Paris, l'avenir de l'enfant n'en resterait-il pas moins compromis? Que pourrait-elle? Elle n'aurait plus de relations. Marcelin ferait ses études, puis il serait lancé dans la vie, sans protection, sans base. Il n'aurait qu'à rougir de sa mère. Fils de Facial, au contraire, il aurait un nom, un monde, des amis, des patronages nombreux et puissants; tout lui serait facilité, il n'aurait qu'à se laisser porter. Ruinerait-elle tout cela? La mère ferait-elle encourir à son enfant sa propre réprobation?
Un gémissement sortit de ses lèvres: