Pauline ne put supporter cette idée. A genoux, la tête dans ses doigts crispés, elle suppliait Dieu—Dieu en qui elle voulait croire maintenant—de faire un miracle. Non le miracle de ressusciter ce prochain cadavre, c'était impossible, c'était trop tard, mais le miracle de l'animer encore, quelques minutes, pour qu'il puisse parler, parler, et qu'il s'en aille après avoir édicté les paroles de paix et de consolation, versé ce baume au cœur horriblement déchiré de l'abandonnée.

—Odon! Odon! râla-t-elle.

Entendit-il ce cri, cette évocation presque? Entendit-il? Pas un signe dans son œil blafard; pas un battement de sa paupière violacée.

—Odon! pitié... Veux-tu que je me tue, que je t'accompagne là-bas?

Elle voulait, à ce moment éperdu, qu'il lui donnât un ordre—l'ordre.

De sa bouche déjà froide, il aurait murmuré cette seule syllabe: «Viens»; moins encore, sa tête se serait imperceptiblement inclinée en un assentiment, que, sans une hésitation, elle se serait tuée.

Mais Odon ne bougea pas. Il n'y eut, dans l'attente accablée de la chambre, que le chuchotement trouble de la respiration du moribond, tantôt précipité, haletant, tantôt s'arrêtant pendant une ou deux mortelles minutes et, à l'instant où tout semblait fini, reprenant avec des saccades désordonnées.

Et l'âme de Pauline était suspendue à cette affreuse respiration; elle était cette respiration. Tantôt, elle s'évanouissait, disparaissait jusqu'à l'inconscience: tantôt elle roulait, se tordait en un flot de pensées, en un torrent dévastateur d'agitations débordantes.

«Ne meurs pas! Reste! Comment la force de ma supplication n'est-elle pas capable de te redonner la vie? Je ne veux pas—Seigneur Dieu apprenez ma volonté, puisque vous êtes sourd à ma prière—je ne veux pas que mon amant meure! N'a-t-il pas suffi autrefois d'une volonté pour arracher au tombeau la fille de Jaïrus et le fils de la veuve de Naïn et Lazare?... Et suis-je moins que Jésus?... Oh! oui, certes, et mon humilité est profonde... Je veux dire: ma volonté est-elle moins grande? Non, Seigneur: en ce moment ma foi n'est pas inférieure à celle qui a opéré les prodiges. Si votre parole est vraie, ma foi devrait, en ce moment, transporter la montagne, la montagne qui m'écrase... Mais vous mentez, votre parole est mensongère... Écrasez-moi complètement, écrasez-nous, que je ne sente plus, que je ne voie plus!...»

Elle approchait du délire. Mais ses pensées tournoyaient si vite dans son front chargé de fièvre, qu'elles constituaient moins de réelles divagations qu'un mélange informe d'élancements douloureux et de vertiges. Pauline ne s'arrêtait à aucune d'elles d'une façon stable. Passant, presque sans s'en rendre compte, de l'oraison au blasphème, de la plainte passionnée à l'effroi, elle ne se créait point d'image précise de ce qu'elle ressentait vraiment. Son cœur, son cerveau, ses nerfs se brouillaient en tumulte.