—On peut encore vous embrasser, Monsieur?
L'enfant, rougissant, reçut le baiser de la jeune femme.
«C'est curieux, pensa Pauline, il me semble que je suis jalouse.»
Julienne partie, Pauline effaça ce baiser sous les siens. Puis elle s'occupa longuement de son fils, le questionna sur l'emploi de sa journée, causa amicalement avec lui, s'intéressant à ses récits d'école. Attentive et douce, à la fois comme une mère et comme une institutrice, elle lui fit préparer ses devoirs pour le lendemain. Une de ses plus réelles joies était de suivre pas à pas les progrès de cette jeune intelligence. Quand il eut terminé, miss Dobby, sa gouvernante, vint prendre possession de lui pour la leçon d'anglais, et Pauline se trouva de nouveau seule.
«Hélas! pensa-t-elle, moi aussi je le connais, l'adultère, l'adultère louche, faux, dissimulé, tissu d'expédients infimes et d'abdications de conscience! J'ai savouré jusqu'au cœur ce fruit douceâtre et pervers de l'amour qu'on cache. Je sais ce que c'est que les courses furtives à travers Paris vers l'appartement meublé où, précipitamment, l'on jouit d'un bonheur limité au temps vraisemblable d'une visite à sa couturière; je n'ignore point les rendez-vous élaborés comme les combinaisons d'une diplomatie compliquée; j'ai ressenti les inquiétudes que fait naître tout regard où l'on croit deviner un soupçon! Ah! l'adultère!—car il faut bien lui conserver ce nom à cet amour qui prend les allures du crime—l'adultère m'est familier! L'enfant que je viens de caresser, cet enfant que j'aime, que j'adore, mon enfant, est un enfant adultérin.»
Et poursuivant le pélerinage de ses souvenirs, avivés encore par la conversation qu'elle venait d'avoir avec Julienne Chandivier, Pauline revécut rapidement l'histoire peu gaie de sa liaison avec le comte Auguste de Hartwald.
Ce fut à l'époque où, Facial lui devenant odieux, elle s'apercevait amèrement de l'erreur qu'elle avait faite en l'épousant, qu'apparut dans sa vie celui qui allait remuer en son cœur de nouvelles couches de sensibilité. On le lui présenta dans un bal officiel:
—M. le comte de Hartwald, secrétaire d'ambassade à l'ambassade d'Autriche-Hongrie.
Au premier regard, il la charma. Elle reçut un petit coup électrique, qu'elle reconnut de suite, quoiqu'elle ne l'eût jamais éprouvé. Facial n'avait pas produit cet effet. Jeune, aimable, élégant, Hartwald exerça sur Pauline une action dont il se rendit compte; et il faut croire qu'à son tour la jeune femme ne lui déplut pas, car il s'occupa de la revoir, lia connaissance avec son mari et ne tarda pas à se faire inviter chez eux.
Deux mois ne s'étaient pas écoulés depuis leur rencontre, que Pauline devenait sa maîtresse.