Quelle joie que cette lune de miel de l'adultère, bien plus fertile que l'autre en ivresses aiguës! Dans l'adultère, Pauline mettait de sa volonté, de son désir, de sa personnalité; dans le mariage, elle ne constatait que son inertie, sa faiblesse, son enrôlement. Elle participait à l'adultère; elle subissait le mariage. Cette conviction de la conquête de son indépendance fut si vive, qu'elle en oublia longtemps la fausse position où elle se trouvait, pour ne s'abandonner qu'à son bonheur.

Elle aimait enfin!

Lorsqu'elle pensait à ces deux hommes qui la possédaient, et qu'elle mesurait la distance qu'il y avait de la lassitude ressentie avec l'un, au monde de volupté créé par l'autre, elle ne pouvait que s'écrier avec enthousiasme: J'ai trouvé! j'ai trouvé! Sa sensualité avait été éveillée par ce bel Autrichien, au regard velouté, aux gestes résolus. Elle se livrait à lui avec des frémissements de jeunesse, et son être entier fondait sous ses baisers. N'étaient-ce point là ces délices après lesquelles elle avait soupiré si souvent?

Son âme n'était point non plus étrangère à cette aventure. Hartwald lui devenait cher chaque jour davantage. Elle eût aimé causer longuement avec lui sur mille sujets, afin de pénétrer sa vie intellectuelle; elle eût voulu connaître son cœur et partager sa vie morale. Malheureusement Hartwald ne s'ouvrait guère à elle, soit que son caractère froid, sous son masque aimable, le rendît peu communicatif, soit qu'il ne considérât sa liaison avec Pauline que comme une intrigue sans conséquence. Ce manque de confiance causa un réel chagrin à la jeune femme.

Lorsqu'elle s'aperçut qu'elle était grosse de lui, elle le lui annonça avec une douce espérance. L'enfant ne serait-il pas entre eux un lien plus effectif que les heures d'amour? Hartwald n'en parut pas trop charmé. Ce lien que Pauline cherchait à nouer, il s'employa à le défaire insensiblement. Avant même que Marcelin fût venu au monde, il espaça petit à petit ses rendez-vous, prétextant tantôt d'absorbants travaux, tantôt des voyages à l'étranger. Toujours correct cependant, il s'appliquait à ne donner prise à aucun reproche. Pauline ne pouvait décemment exiger qu'il lui fît le complet sacrifice de sa vie, de ses ambitions, de ses talents.

Peu de temps après la naissance de Marcelin eut lieu un mouvement diplomatique. M. de Hartwald fut nommé ministre d'Autriche à Athènes. C'était la séparation. Quelque chose se brisa dans le cœur de Pauline. Un pressentiment l'avertit que l'adieu serait éternel. Leur dernière entrevue fut pour elle d'une tristesse profonde. Hartwald se montra particulièrement affectueux, comme s'il comprenait le vide que son absence allait laisser chez cette femme qui l'avait aimé; quelques larmes d'émotion coulèrent même le long de ses joues d'habitude si calmes. Il promit de rester son amant à distance, de penser à elle, de lui écrire, de revenir le plus souvent qu'il le pourrait à Paris. Hélas!...

Pauline reçut quelques lettres. Puis, plus rien: un silence de mort.

Un an s'était écoulé, lorsqu'elle apprit le mariage du comte Auguste de Hartwald avec l'héritière d'une des familles les plus aristocratiques de Vienne.

«Quel triste roman! songeait-elle. Et pourtant, je ne me repens pas d'avoir été la dupe de mon cœur. Il fallait ce dérivatif à la duperie plus grande encore de mon mariage. J'y ai expérimenté ma faculté d'aimer et de souffrir: j'y ai pris conscience de moi-même. Mais j'y ai vu aussi la vanité de l'adultère.»

Personne ne s'était jamais douté de sa faute. Elle avait évité les confidences auxquelles les femmes se laissent si facilement aller, les imprudences de langage si vite commises, les allusions si tentantes. Rien n'eût pu même faire soupçonner qu'elle avait un secret à cacher. Son mari avait été trompé avec l'habileté la plus consommée.