—Non, Monsieur, dit-elle, vous vous trompez: je suis plus franche que cela. Jamais je n'applaudirai quelque chose que je n'approuve pas. Mais le mariage est une chose si complexe! En un cas tel que celui dont il est question dans la pièce, on ne peut que souscrire aux angoisses de l'épouse et à son héroïque résolution. Car là, il y a véritablement amour: Francine adore son mari; celui-ci, on le sent, aime aussi sa femme, et cette maîtresse qu'il va rejoindre n'est pour lui qu'un simple amusement. Dans de pareilles circonstances, un homme est inexcusable de se conduire comme il fait.

—Mais certainement, Madame a raison, s'écria Sénéchal qui avait entendu ces dernières phrases. Voudriez-vous vraiment, de Rocrange, que ce grand sot de Lucien abandonnât impunément son exquise Francillon pour Dieu sait quelle demoiselle? Quand on a la bonne fortune de plaire à une charmante femme, ajouta-t-il avec son sourire le plus flatteur à l'adresse de Julienne, on mérite tous les châtiments si on ne la cultive pas avec dévotion.

—Que vous devenez sentimental, mon cher sénateur! dit Julienne. Il faut vous soigner.

—Que voulez-vous, Madame: mon mal m'est cher, et je mets ma volupté à l'entretenir.

—Et vous, Réderic, que pensez-vous des infidélités de Monsieur Francillon? dit Julienne.

Réderic, debout derrière la chaise de Julienne, tordait sa moustache avec humeur.

—Je n'ai pas écouté la pièce, répondit-il.

—Comme vous êtes désagréable, ce soir, observa-t-elle.

—Il y a de quoi.

Le vicomte de Béhutin restait impassible.