—Si Francillon écrase tellement de sa supériorité l'insipide demoiselle qui lui est préférée, dit Odon, c'est pour le seul intérêt de la pièce, et il ne s'ensuit pas que la thèse soit plus juste. Ne peut-il pas se trouver, et ne se trouve-t-il pas souvent dans la vie, que la femme intéressante, la femme qui aime, la femme séduisante et noble soit justement l'illégitime? Lucien serait-il encore inexcusable, si c'était Francillon sa maîtresse, si c'était Francillon qu'il allait rejoindre, laissant se morfondre à la maison quelque peu captivante matrone, dans le genre de cette madame Smith, par exemple? Ne voyez-vous pas que la thèse du mariage indissoluble s'effondrerait alors dans l'absurde?
—Oui, dit Pauline: car la sympathie va toujours à l'amour, quoi qu'on fasse.
—Et il faut présenter le mariage sous les couleurs de l'amour pour le rendre acceptable.
—En effet.
—Ce qui revient à dire qu'il n'y a qu'une seule morale possible: celle de l'amour.
—Et le mariage?
—Mon Dieu, Madame, il me semble que le mariage, dès qu'il n'est pas l'amour, est immoral.
—C'est une conclusion à laquelle nous ne sommes pas habituées, nous autres femmes, mais qui, je l'avoue, s'impose presque.
—Et comme l'amour, poursuivit Odon, n'obéit point à des lois humaines et n'est point sujet aux prescriptions d'un code, il s'ensuit que l'amour libre seul est moral.