—Quinze jours. Et le mien commence, ou plutôt recommence: car, tu le sais, ce n'est pas la première fois que je suis au pouvoir.
—Ça t'amuse?
—Mon cher, que veux-tu? Si ce n'est pas cette femme, ce sera une autre! Nous en sommes tous réduits là.
—Tu n'es pas jaloux?
—Jaloux, non: mais irritable quand c'est moi qui suis mis au rancart.
—Comme hier! tu n'étais pas à toucher avec des pincettes.
—Tu t'en es aperçu? Eh oui, je l'avoue: la présence de ce glorieux de Sénéchal m'énervait. Mais qu'est-il arrivé? Au dernier entr'acte, comme j'étais venu prendre congé de l'artificieuse femme, elle me dit: «Comment, vous partez? Mais, je compte sur vous pour me reconduire chez moi.»—«Vraiment? dis-je, je croyais qu'à défaut de M. Chandivier cet honneur était réservé à M. Sénéchal.»—«Vous vous trompez, dit-elle: c'est vous qui me reconduirez.» A l'issue du spectacle, nous montons dans son coupé. Elle est plus adorable, plus féline, plus enveloppante que jamais. Je me laisse aller au charme que sécrète toute sa frivole personne. Ma mauvaise humeur fond à gros bouillons. Une fois chez elle: «Restez, m'ordonne-t-elle: mon mari est en partie fine, nous avons quelques heures à nous. Je veux aussi faire ma Francillon.» Je ne l'ai quittée qu'au petit jour. Elle a si bien fait «sa Francillon», comme elle dit, qu'il lui serait difficile, à elle, de venir crier: «Il en a menti!»
—Confidence pour confidence, dit Odon: je suis amoureux.
—Allons, bon! s'écria Réderic. Je croyais que les voyages t'avaient guéri.