Le premier, Odon revint au sentiment de la réalité. Mais quelle réalité merveilleuse! Tout à coup, une angoisse s'abattit sur ses traits: c'était trop beau!

—Êtes-vous bien à moi? murmura-t-il avec insistance. Ce serait me tuer que de vous refuser après m'avoir entr'ouvert le ciel!

—Je suis à vous, répondit simplement Pauline.

Et Odon comprit qu'elle était réellement à lui, qu'elle se donnait, qu'il pouvait la prendre quand il voudrait, sur l'heure, et en faire sa maîtresse ici-même.

Il se leva, saisi d'un vertige.

—Non, non, bégaya-t-il, il faut que vous veniez à moi librement.

Et se jetant à ses genoux, entourant son corps de ses bras, la pressant sur son sein:

—Rien ne m'empêcherait de consommer irrévocablement notre hymen. Vous m'appartenez, vous vous abandonnez! Mais votre âme, comme la mienne, a été surprise soudainement par cette immense joie de l'amour. L'excitation où nous sommes ne nous laisse pas maîtres de notre libre arbitre. Ce ne serait pas nous posséder avec la pleine conscience de notre acte. Ce serait succomber. Et nous ne devons pas succomber. Il faut que je vous aime plus qu'il n'est possible de le dire, pour résister à cette délirante tentation de m'approprier votre merveilleux corps, symbole et reflet de votre âme que j'adore. Mais je vous attends. Lorsque vous aurez recouvré le calme et que ce ne sera plus par faiblesse et par coup de folie, mais en toute sagesse, vous viendrez, sereine et fière, et, librement, nous serons l'un à l'autre... Adieu, ma bien-aimée!

Il scella ses lèvres d'un baiser et partit, tandis qu'éperdue, Pauline retombait d'entre ses bras, sanglotait:

—Ah! je suis heureuse!