—Je vous aime!

—Oh! oui, redites-moi ce mot si doux qui me transforme.

—Je vous aime.

Il prit sa main et la porta passionnément à ses lèvres. A ce contact de leurs deux chairs dans un baiser, ils sentirent leurs âmes se fondre l'une dans l'autre. Une émotion suprême descendait sur eux et les baignait. Toute parole était impuissante à la traduire. Ils restèrent longtemps silencieux, comme en une ineffable possession spirituelle.

Ce fut Pauline qui rompit ce silence mystérieux.

—Cette minute est solennelle, dit-elle; nous venons de nous fiancer devant Dieu.

—Êtes-vous à moi?

—Indissolublement.

—Dites seulement tant que notre amour durera: ce serait blasphémer que de promettre plus. Mais notre amour est si grand, qu'il durera vraisemblablement jusqu'au delà de cette terrestre vie.

Ni l'un ni l'autre ne songeaient à s'étonner d'en être déjà là. Ces aveux brûlants d'une mutuelle passion leur paraissaient si naturels, s'échappant sans contrainte de leurs cœurs, comme les eaux vives d'une source, que leur surprise eût été plutôt qu'ils n'eussent pas éclaté lors de leur première rencontre. Comment avaient-ils pu vivre, ne fût-ce que quelques jours, en nourrissant un pareil secret? Plongés dans le paradis de cette heure, qui leur semblait infinie tant elle recélait de voluptés, ils oubliaient le monde de relations qu'ils venaient de quitter et où ils allaient rentrer, ne voyant qu'eux, ne sentant qu'eux, ne se rendant compte que d'une chose, c'est qu'ils s'aimaient.