—Oui, Monsieur.

—Qu'a-t-elle dit?

—Rien, mais il m'a semblé qu'en sortant elle réprimait avec peine un sanglot.

—C'est bien; vous pouvez aller.

—Lâche! lâche! cria Pauline.

Elle était tombée sur un sopha, pleurant d'impuissance.

—Calmez-vous, ma chère, dit Facial. Cela ne vaut pas la peine de vous mettre dans un état pareil.

—Oh! je vous hais! Vous êtes un homme méprisable! J'ai honte d'être votre femme!

Elle gémissait ses invectives, en proie à une crise de nerfs et de larmes, secouée de la tête aux pieds de tressaillements convulsifs, comme si elle sentait encore sur elle l'attouchement répugnant de la main qui l'avait brutalisée. Incapable maintenant de contenir son horreur pour Facial, elle la répandait en paroles précipitées, sans suite, où les mots «je vous hais» revenaient comme des coups de marteau. Cette haine bouillonnait avec une violence dont elle n'avait jusqu'ici pas eu l'idée. Elle eût été effrayée d'elle-même, si elle eût eu une claire conscience de ce qu'elle disait. Mais le ressentiment qu'elle avait si longtemps nourri éclatait presque malgré elle, gonflé, décuplé, affolé par la scène qui venait de se passer et par l'excitation où elle avait vécu les jours précédents. C'était la rancune accumulée qui faisait subitement explosion. Sa vie séquestrée, son cœur cloîtré, ses dix ans de mariage inutiles et perdus criaient vengeance. Oh! s'assouvir! Jeter à la face de cet homme l'amertume lentement sécrétée! Et cependant, dans ce débordement de fureur, il y avait plus encore l'expression d'une immense plainte. Le passé reparaissait saignant de douleur; les jours d'angoisse se dressaient, comme des spectres lamentables, dans la vanité des années misérablement dissipées à la recherche du bonheur toujours fuyant. Et son dégoût de cette existence de malheur et de néant finissait, en désespoir de trouver assez de phrases cinglantes, par ne plus se traduire que par de vagues cris rauques où s'épuisait son souffle.

Facial écoutait avec stupéfaction, sans essayer de placer un mot, complètement atterré par cet orage qui fondait sur lui et qui lui semblait inexplicable.