—Elle est folle, ma parole, elle est folle! répéta-t-il seulement à plusieurs reprises, lorsque le flux des paroles de Pauline se fut un peu apaisé et lui eut donné le loisir d'une réflexion.
Et jugeant opportun de laisser sa femme se remettre de cet accès, ne sachant s'il devait se féliciter de sa fermeté ou s'inquiéter de l'effet inattendu qu'elle avait produit, prudemment, il s'éclipsa.
Au bout de quelques minutes, Pauline se leva et s'aperçut alors qu'elle était seule.
—Il n'a rien compris, rien, rien! proféra-t-elle dans une dernière effervescence de colère.
Rapidement, elle passa dans son cabinet de toilette, baigna son visage, essuya la trace de ses larmes et s'habilla fièvreusement pour sortir.
Sa résolution était prise.
Quand elle fut prête, elle se regarda dans la glace. Et considérant ses yeux gonflés, sa figure défaite, ses lèvres agitées encore d'un tremblement convulsif, elle se souvint tout à coup des paroles d'Odon: «Lorsque vous aurez recouvré le calme et que ce ne sera plus par faiblesse et par coup de folie, mais en toute sagesse, vous viendrez, sereine et fière, et, librement, nous serons l'un à l'autre.»
—«En toute sagesse!» murmura-t-elle. Que voulait-il dire? Suis-je sage maintenant? suis-je calme? suis-je sereine et fière? Oh non, je ne puis pas aller encore! Ce serait le tromper, me tromper moi-même.
Brisée, elle s'affaissa, sans même avoir la force d'ôter son chapeau, et, la tête entre les mains, resta longtemps presque sans penser. Le tintement d'une pendule la tira de sa torpeur. Elle sonna sa femme de chambre.
—Déshabillez-moi, dit-elle d'une voix éteinte; je suis malade, je vais me coucher. Avertissez monsieur que je ne dînerai pas et que je le prie de ne pas me déranger.