Une fois au lit, elle s'endormit d'un sommeil lourd.
Vers le milieu de la nuit, elle s'éveilla, en proie à une fièvre intense. Ses artères battaient désordonnément sous ses tempes; une céphalalgie atroce poignait son front.
Facial, prévenu de grand matin de l'état où se trouvait sa femme, fit immédiatement chercher un médecin. Mais il n'osa pas se montrer dans la chambre de la malade, craignant que sa présence n'aggravât la situation. Il se borna à interroger le médecin.
Celui-ci le rassura:
—Ce n'est rien: une petite fièvre dont nous allons venir à bout en deux jours. Madame doit être sous le coup de quelque émotion morale. Cela n'aura pas de suite.
—Que les femmes sont bizarres! observa Facial philosophiquement.
Pauline eut le délire toute cette journée et la nuit suivante. Ce ne furent pendant des heures que des tournoiements confus, où elle glissait d'abîme en abîme, au milieu d'épouvantables vertiges. Puis, elle se vit noyée dans une espèce d'enfer, où des monstres, dardant d'horribles langues, venaient la lécher, faisant suinter de son corps, sous leurs immondes caresses, des gouttes de sang, dont leurs bouches se repaissaient avec avidité. Un de ces monstres, le plus gros, le plus velu, le plus dégoûtant, avait tout à fait les yeux et les oreilles de Facial. Chaque fois qu'il s'approchait, la terreur de Pauline ne connaissait plus de bornes. Elle criait d'angoisse, lorsque sa large gueule s'avançait pour la saisir, et l'haleine fétide qui s'en dégageait la faisait s'évanouir. Brusquement tout changea! les monstres s'enfuirent en poussant des grognements divers. Une épaisse fumée montait, envahissait l'espace. Et rien: ni eau, ni air. Le gosier aride, les poumons desséchés, Pauline étouffait. Quand cette fumée s'arrêterait-elle? Et la fumée montait, montait, toujours plus dense. Au moment de mourir, une déchirure se produisit et un trou apparut. C'était le salut. Mais il fallait se jeter dans ce trou: et ce trou était si profond, si noir, qu'il semblait se perdre dans l'infini. Entre ces deux morts, laquelle éviter? Affolée par l'asphyxie, ne fût-ce que pour gagner quelques secondes de vie, Pauline sauta dans le trou. Une chute fantastique commença. Tout le long de ce puits qui l'avalait, sur les parois luisantes d'humidité, aux saillies des rocs, des faces grimaçaient à son passage. Nul doute, elle les connaissait ces faces. Elle ne pouvait pas, elle n'avait pas le temps de mettre sur toutes un nom, mais toutes, rapides comme des éclairs, se rappelaient à sa mémoire. C'étaient Sénéchal, la baronne Citre, Mme d'Orgely, Julienne, Facial encore, Facial surtout, qui revenaient, au milieu de beaucoup d'autres, avec une insistance particulière, ricaner à tous les degrés de sa descente. Longtemps, longtemps elle coula, accompagnée de ces volées de rires ironiques. Et voilà qu'au bas, sans savoir comment elle y était arrivée, elle se trouva devant une grande cage de fer, à l'intérieur de laquelle un moribond était en train d'expirer. Une terreur étrange la secoua. Autour d'elle plus aucun bruit, ni êtres vivants, ni choses, le vide: et seul ce moribond, dont elle ne pouvait même voir la figure. Soudain, elle fut saisie d'une conviction effrayante: ce moribond devait être Odon. Elle voulut pénétrer dans la cage, sachant que sa présence le sauverait; mais la cage n'avait pas de porte. Elle s'élança contre les barreaux pour les ébranler; ses forces s'y épuisèrent. Au secours! au secours! râla-t-elle: personne ne vint. Rassemblant toute son énergie, elle se précipita une dernière fois sur la cage, et elle retomba, la tête brisée en mille morceaux, tandis que, de l'autre côté, le moribond, qui devait être Odon, exhalait les hoquets de l'agonie.
Un anéantissement succéda à cette série de cauchemars. C'était le repos réparateur; la fièvre tombait.
Au soir du second jour, Pauline reprenait conscience d'elle-même, au milieu d'une délicieuse somnolence où se complaisait sa faiblesse. Doucement, la vie revenait, tiède et parfumée. Un rayon de soleil couchant jouait sur le lit. Au contact de mille petites perceptions naissantes, encore vagues et estompées, son âme s'étonnait naïvement, les goûtant avec volupté, et surprise de n'en avoir jamais auparavant éprouvé pareillement le charme. Une tranquille joie glissa en elle.
—Madame se sent mieux? dit une voix.