—Qui êtes-vous? demanda Pauline.
—Je suis la garde.
—Ai-je été longtemps malade? Quel jour sommes-nous?
—Mercredi. Mais ne vous découvrez pas. Le médecin va venir; il vous permettra peut-être de manger quelque chose.
Le médecin la jugea hors d'affaire.
—Vous pourrez vous lever demain, lui dit-il.
Le souvenir des événements ne troubla pas ces suaves heures de convalescence. Au contraire: n'avait-elle pas tout pour être heureuse? Elle était aimée! elle aimait! Les difficultés qui gênent souvent l'éclosion d'un aveu sincère et réciproque avaient été vaincues, et sans grandes angoisses: il avait simplement suffi de la loyauté de l'un et de l'autre. Pauline n'avait plus qu'à s'abandonner sans peur et sans faux scrupules à la chère passion qui faisait palpiter son cœur d'une nouvelle vie. Facial, le monde, l'absurdité des conventions et des lois, qu'était-ce que cela auprès de l'inépuisable et sublime émotion de son amour?
«Oh! pensait-elle, comment ai-je vraiment pu m'irriter? Comment me suis-je attristée de bagatelles pareilles? N'ai-je pas le ciel dans le cœur? Je le veux maintenant, rien ne troublera ma félicité. Je ne me laisserai point abattre par des misères indignes de m'occuper. Je suis calme, merveilleusement calme, et heureuse, heureuse! Je n'éprouve de haine contre personne; je me sens d'une douceur et d'une bonté d'ange. Je voudrais que ma joie rayonnât et se répandît autour de moi comme une pluie de clarté bienfaisante.
Effectivement, le malaise moral qui avait si étrangement affecté Pauline avait disparu, emporté par la fièvre. Ce qu'elle ne se disait pas, car dans son enivrement elle ne songeait guère à analyser avec exactitude ses sentiments, c'est que, décidée à présent sans plus aucune espèce d'irrésolution à se donner à Odon de Rocrange, elle goûtait le charme de la certitude, de la chose jugée, sans qu'il y ait un désir ou une possibilité de revenir en arrière. Son esprit était calme, parce qu'aucune bataille ne se livrait plus en lui, et que la victoire restait acquise; son âme était heureuse, parce qu'elle était libérée de tout joug et pouvait désormais s'élancer sans contrainte dans les espaces joyeux de l'espérance.
Lorsque Facial vint prendre de ses nouvelles, elle le reçut avec un exquis sourire, lui tendit la main, le remercia de l'intérêt qu'il lui témoignait.