—Mon ami, alla-t-elle jusqu'à dire, je crois que j'ai été un peu vive, l'autre jour, avec vous; j'ai le souvenir d'avoir prononcé des paroles qui ont dû vous offenser: je vous en demande sincèrement pardon.
Et ce n'était là ni de l'ironie, ni de l'impudence. Pauline regrettait avec la candeur de son âme généreuse d'avoir cédé à un emportement que maintenant elle ne comprenait plus. Puisqu'il avait été inutile d'éprouver de la colère contre Facial, il était juste de s'en excuser.
Facial pardonna magnanimement.
—Il nous arrive si rarement de nous quereller! s'écria-t-il par manière de conclusion. D'ailleurs, le proverbe a raison: les bonnes querelles font les bonnes réconciliations.
Facial était enchanté. Il mit les violences de sa femme sur le compte d'un état maladif aussi inexplicable que passager, et n'y pensa plus.
«Décidément, se dit-il, j'ai bien joué mon rôle; je ne me suis pas laissé démonter, j'ai été ferme: et je récolte maintenant les fruits de ma prudente conduite.»
Le lendemain, complètement remise, Pauline déjeunait avec son mari. Selon son habitude, Facial, en mangeant, parcourait les journaux. Tout à coup, il resta la fourchette en suspens.
—Écoute ça, dit-il à sa femme.
Et il lut:
—«Triste fin. Hier après-midi, vers cinq heures, le train quittait la station Porte-Maillot du chemin de fer de Ceinture, lorsqu'une jeune femme fort bien mise et ne paraissant pas, extérieurement du moins, être sous le coup d'un accès de folie ou de désespoir, froidement, et avant que personne ait eu le temps de faire un geste pour prévenir son acte, se précipita sous les roues. Aux cris de la foule et sur un signal du chef de gare, le mécanicien stoppa presque immédiatement. Mais il était trop tard: quand on la retira, la malheureuse n'était plus qu'un cadavre. Nous ne croyons pas, par égard pour sa famille et ses très nombreuses connaissances, devoir livrer à la publicité le nom de la victime. Qu'il nous suffise de dire qu'elle appartient à la meilleure société et qu'une histoire récente, dont on ne parle encore qu'à mots couverts, n'expliquerait que trop ce suicide, qui plonge dans la désolation toute sa parenté.»