—Vous ne m'avez pas défendu d'espérer.

—Le moyen de vous en empêcher?»

M. de Vendel crut voir dans les paroles de Christine un acquiescement à ses vœux: il crut, à force de désirer, et il entoura Christine de soins plus empressés. C'était l'homme le plus incapable d'une indiscrétion; mais, si sa bouche était muette, ses yeux étaient éloquents: ils parlaient de bonheur. Le monde traduisit, et, comme toujours, il fit un contre-sens; le chevalier de Valborg eut soin de le publier avec commentaires.

Il en revint quelque chose aux oreilles de la comtesse. Elle ne fit rien pour accréditer ces bruits; rien non plus pour les démentir. Elle ne se préoccupait que de l'effet qu'ils pourraient produire sur M. de Simiane. Elle se disait qu'ils mettraient fin de toute manière à une incertitude maintenant intolérable. Si Georges l'aimait encore, ce coup violent, qu'elle n'aurait pas porté, le ramènerait à elle; et, comme elle suivrait alors les conseils de Maïa! comme elle enlacerait d'indissolubles liens ce cœur inconstant par faiblesse, qu'il fallait rendre heureux malgré lui!

Si, au contraire, elle n'était plus aimée.... aimée comme elle voulait l'être.... si Georges n'avait plus pour elle qu'une reconnaissance tendre et les égards d'un cœur délicat, se préoccupant encore, alors même qu'il n'aime plus, du mal qu'il peut faire à ce qu'il a jadis aimé, il fallait l'affranchir et lui donner d'elle-même cette liberté qu'il était trop noble pour demander jamais, mais qu'elle était trop fière pour ne pas lui rendre.

Christine, en agissant ainsi, obéissait à une inspiration généreuse; mais elle comptait sans le dépit qui peut déranger les meilleurs calculs, sans la vanité, qui se trouve si souvent au fond de l'amour chez les hommes. Elle ne savait pas encore combien Georges était capable de partis violents, de résolutions soudaines et désespérées.... dussent-elles briser sa vie!

La nouvelle du mariage de la comtesse se répandit assez rapidement à travers la ville; on félicita le baron, qui s'en défendait mal, parce qu'il y croyait lui-même; on approuvait Christine, qui ne se montrait guère. Le matin, dans le cercle des ambassadrices, on faisait des mots piquants sur le malheur de Georges. Il crut mettre la galerie de son côté en devançant la comtesse par son mariage avec Nadéje, qui fut officiellement annoncé.

La nouvelle en fut portée à Christine par Valborg, dont la main étourdie la frappait mortellement au cœur. Elle demanda des détails et les écouta avec une fiévreuse avidité. Elle voulait savoir si l'on disait que les fiancés s'aimaient.

«Ils s'adorent! répondit le chevalier, et c'est un peu ma faute. Imaginez que c'est moi qui ai présenté le comte à Mlle Borgiloff!»

M. de Valborg examinait en ce moment les feuilles dépliées d'un éventail chinois; il ne put pas voir le regard navrant que lui jetait Christine.