—Tais-toi! dit Maïa; j'aime encore mieux ton silence! Tu roules, j'en suis sûre, quelque méchante pensée dans ta pauvre tête vide. Jure-moi que jamais....

—Quoi?» fit Christine.... Puis, comprenant tout à coup: «Me tuer!» dit-elle. Et elle ajouta avec un regard où l'on pouvait mesurer la profondeur de son désespoir: «Se tuer!... Il n'y a que les impatients qui se tuent.... A quoi bon? est-ce qu'on ne meurt pas?

—Ah! reprit Maïa, tu es cruelle pour ceux qui t'aiment.

—Ceux que j'aimais ont été si bons pour moi! répondit-elle avec un sourire égaré.

—Allons! dit Maïa d'un ton de douce autorité, c'est assez! chasse ce souvenir; je le veux: oublie!

—Oublier! Comment fait-on? je n'ai jamais su.

—Ah! reprit l'aimable femme fondant en larmes, tu as raison, chère Christine, je ne puis même plus consoler.... Laisse-moi donc pleurer avec toi!»

Christine était assise au coin de la cheminée, dans un grand fauteuil; Maïa, toujours à ses pieds, posa la tête sur ses genoux. Bientôt Christine sentit ses mains toutes baignées d'une chaude rosée de pleurs. Peu à peu ses nerfs se détendirent, ses sanglots longtemps contenus éclatèrent; puis les larmes vinrent, abondantes, qui la calmèrent un peu. Dans la douleur comme dans la joie, les larmes, c'est toujours le trop-plein du cœur!

Maïa, cependant, sous l'ingénieux prétexte qu'une maison depuis longtemps inhabitée est froide et malsaine, ne voulut point aller demeurer chez elle, où ses gens l'attendaient; elle obtint de son mari la permission de venir s'établir auprès de Christine, pour amortir au moins ces premières atteintes des grandes souffrances, qui frappent parfois sur les organisations nerveuses comme le coup de marteau de la folie. Elles vécurent ainsi, toujours ensemble, près de deux semaines, dans une intimité bienfaisante, ne recevant que le chevalier de Valborg, qui comprenait enfin l'étendue et l'intensité du mal qu'il avait fait, et le major, qui avait toutes les délicatesses comme il avait toutes les ardeurs de l'amour vrai. Il comprenait trop les tristesses de Christine pour ne pas les respecter. Deux jours avant le mariage de Georges il avait quitté Stockholm; il n'y revint qu'une semaine après. Il observait ces secrètes convenances du cœur qu'aucune civilité n'inscrit dans son code puéril et honnête, mais que devinent si bien certaines natures.

La présence de Maïa rendait possibles de plus fréquentes assiduités chez Christine. Il essaya de la distraire. Enfin, assuré de l'appui de la baronne, il reparla de son mariage. Ce seul mot effaroucha Christine pour deux jours: les regrets ont aussi leur pudeur. Le major crut qu'il s'était trop hâté, et il résolut d'être plus patient à l'avenir; mais on devinait son silence.