La voiture s'engagea dans les faubourgs, longea les bassins du port—dont la glace, soulevée par le flot de la Baltique, se détachait déjà—passa devant la caserne du Roi, et s'engagea bientôt dans un parc superbe, semé de villas, de châteaux, de jardins, de théâtres en plein vent, de cafés en plein air, où la bourgeoisie de Stockholm fête le dimanche et vient se réjouir pendant les beaux soirs d'été. Elles descendirent près du château de Rosendal (la vallée des roses), non loin de cette belle coupe de porphyre, la plus grande du monde, dont les Anglais ne manquent jamais de mesurer avec leurs cannes le diamètre et la hauteur. Christine était mieux et pouvait marcher.

«Allons voir les chênes,» dit Maïa.

Une longue avenue de pins, qui ondulait avec les plis du terrain inégal, conduisait jusqu'au rond-point du parc, où un bouquet gigantesque de chênes centenaires, jetant leurs fortes racines entre les rochers de granit, flottait au vent comme un panache sur le front de la ville. Les deux femmes traversèrent à pas lents une clairière de gazon ras; mais, au moment de prendre une autre allée qui conduisait à un petit chalet suisse dominant la mer au loin, Christine s'arrêta tout à coup. Elle avait aperçu Georges qui venait à elle.

Elle regarda Maïa.

«Je le savais,» dit Mme de Bjorn.

Christine se pressa en frissonnant contre son amie. Toutes deux s'assirent sur un banc. Georges s'approcha et se tint un moment devant elles, immobile et muet.

Il releva les yeux, et, en voyant Christine si changée, il sentit une immense pitié s'emparer de lui.

«Je vous fais peur, Georges?» dit Christine en remarquant l'émotion qui s'était emparée de lui.

Deux larmes jaillirent des yeux du jeune homme.

«Tu vois bien qu'il m'aime encore! fit-elle en serrant le bras de Maïa.