Peut-être ceux qui ont étudié beaucoup le cœur humain.... des femmes, prétendront-ils qu'au milieu de ses regrets, si vifs d'ailleurs et si sincères, il se glissait à son insu une secrète joie de voir que Georges n'avait pas trouvé auprès d'une autre le bonheur qu'il avait goûté près d'elle, que rien n'avait chassé son image, et qu'il l'aimait encore.
Maïa suivait attentivement sur son visage tout ce travail de la pensée rapide. «Veux-tu, dit-elle en prenant sa main brûlante en la regardant fixement dans les yeux, veux-tu le revoir?» Un éclair passa sur le visage ranimé de la comtesse. Elle se jeta au cou de Maïa.
«Oui!» lui dit-elle tout bas. Puis elle releva la tête, pâlit, mit sa main sur sa poitrine, et, au bout d'un instant de réflexion: «Non; reprit-elle, non, cela ne se peut pas, car cela ne se doit pas!... Pas maintenant, du moins, pas encore.... mais bientôt!» ajouta-t-elle avec un sourire qui eût rendu Georges fou d'amour et de douleur.
Georges, cependant, avait repris, bon gré, mal gré, la vie du monde: il le fallait; ne fût-ce que pour éviter un éclat inutile. A travers les raouts et les soirées, il traînait le boulet conjugal, comme un forçat du mariage. Les femmes qui ne voyaient pas Christine commençaient à la plaindre tout bas.
La comtesse ne sortait point; elle cachait le deuil de son cœur. Maïa la soignait comme une sœur. Le mois de mars eut deux ou trois belles matinées. Un jour, le soleil frappait aux fenêtres avec la pointe d'or de ses rayons; Maïa jeta une pelisse de fourrures sur les épaules de Christine.
«Viens-tu boire un peu d'air? lui dit-elle; cela te fera du bien!»
La voiture attendait tout attelée dans la cour.
«Où allons-nous?
—Je ne sais; où tu voudras, n'importe! nous allons pour aller! à Djurgaard, par exemple?
—Soit!» dit Christine assez nonchalamment.