Maïa lui passa un bras autour des épaules, et, la baisant au front, doucement, elle la contraignit à se rasseoir.
«Si tu n'es pas calme, lui dit-elle, tu ne sauras rien.
—Mais tu vois bien que je suis calme, dit Christine en cachant ses mains qui tremblaient. Je suis très-calme: mais parle, parle donc!»
Maïa fut obligée d'avouer son entrevue avec M. de Simiane; et, comme elle prenait toutes sortes de précautions et de ménagements, choisissant ce qu'elle voulait dire et taisant ce qu'elle devait cacher:
«Non, tout! dis-moi tout!» s'écria la comtesse avec une exaltation mal contenue.
Maïa lui raconta leur entretien avec la plus scrupuleuse exactitude. Une fois ou deux, il lui arriva de se servir des expressions mêmes de Georges.
«Oui! je reconnais ce mot-là, dit Christine, c'est ainsi qu'il a dû parler; il me semble l'entendre! je distingue son accent et sa voix: une voix charmante dont le timbre caresse....»
Maïa vit bien qu'elle ne réussirait pas à la calmer; elle laissa la crise suivre son cours, espérant quelque adoucissement de sa violence même. C'était la première fois, depuis le mariage de Georges, qu'elle parlait avec tant d'abandon.
«Ainsi, disait-elle quand Maïa eut terminé son récit, il n'est pas même heureux, et je me suis perdue inutilement!»
On l'entendit à plusieurs reprises répéter encore, comme en se parlant à elle-même: «Il n'est pas heureux!»