Quelques jours après, il recevait une lettre de Maïa, portant le timbre de Lübeck. La baronne lui annonçait que Christine, plus souffrante, avait dû quitter la Suède et chercher un ciel moins rigoureux.

Georges resta trois mois sans nouvelles, livré aux tortures de l'incertitude et de l'absence, les plus grands des maux pour une âme aimante.

Un matin que M. de Simiane travaillait dans son cabinet, un domestique sans livrée fut introduit près de lui. Cet homme venait l'avertir qu'une femme l'attendait en voiture dans une rue voisine qu'il lui nomma. Georges le suivit et aperçut bientôt la voiture. Un mouchoir s'agita, une portière s'ouvrit; il monta, et le cocher, sans attendre d'ordres, lança ses chevaux. Georges, à travers les doubles plis du voile noir, avait reconnu Maïa, dont les cheveux blonds éclairaient le visage. Il la regarda avec une inquiétude profonde, mais sans toutefois oser encore l'interroger, bien qu'il eût un nom dans le cœur et sur les lèvres.

«C'est maintenant qu'il faut venir!» dit la baronne en lui serrant la main.

Elle releva son voile; il vit qu'elle avait pleuré.

«Et Christine? demanda-t-il, mais tout bas et comme un homme qui craint d'entendre sa voix.

—Vous allez la voir, dit Maïa; du courage!»

Georges jeta un regard distrait à la portière: il reconnut la route de Haga, qu'il avait si souvent parcourue pour aller chez la comtesse. Il eût voulu donner des ailes aux chevaux. Enfin on arriva.

L'attelage fumant franchit la grille de fer doré que tant de fois sa main tremblante avait ouverte. Il contourna un tapis de gazon anglais, semé de bouquets d'arbres, et s'arrêta devant un petit perron de quatre marches, dont les houblons verts et le chèvrefeuille brodaient la rampe de festons flottants. C'était une radieuse matinée; juin souriait à la terre amoureuse et rajeunie; il y avait des chansons dans tous les arbres; le soleil étincelait dans les fenêtres et le printemps jetait des fleurs partout.

Georges s'élança sur le perron; c'est à peine si Maïa put le suivre. Deux lévriers, favoris de Christine, couchés sur le ventre, et allongeant sur leurs pattes menues leur fin museau de brochet, gardaient la dernière marche. Ils reconnurent Georges, et se levèrent joyeusement pour lui lécher les mains.