«Pas là! dit le vieux Niels en hochant la tête, ici!» Et il montra le salon.

«Attendez que je la prévienne, fit Maïa, qui passa la première.

—Il est là! je sais qu'il est là! dit Christine; je le vois, poursuivit-elle en étendant le bras vers le mur, que son regard ardent semblait percer.

—Oh! comme elle l'aime encore!» murmurait M. de Vendel, assis près de la fenêtre la tête entre ses mains.

La porte se rouvrit: Georges s'élança vers le canapé sur lequel Christine était étendue, et tomba à genoux devant elle.

«Georges! Georges!» dit Christine, mais si bas, qu'à peine on put l'entendre. Et de ses bras amaigris elle entoura la tête du jeune homme, qu'elle pressait contre sa poitrine.

Georges la regarda, et fut frappé de sa beauté, plus peut-être que le jour où il la vit pour la première fois. C'est qu'elle était plus belle encore. Sa joue animée s'était teinte d'un soudain éclat: elle éblouissait. Son œil brillait d'un feu étrange; ses belles mains, que si souvent il avait couvertes de baisers, semblaient s'être encore allongées et amincies; elles avaient la transparence de la cire diaphane, et la plus légère pression rougissait leur blancheur délicate. Ses cheveux dénoués roulaient en ondes épaisses sur ses épaules, comme un ruisseau d'or fluide. Elle plongea ses yeux dans les yeux du jeune homme avec une expression d'ineffable tendresse. Elle oubliait le passé, elle oubliait l'avenir, l'avenir qu'il fallait mesurer par minutes. La vie, pour elle, se concentrait dans l'instant présent. Mais la violence de ses émotions l'épuisa: les roses blanchirent sur sa joue, ses lèvres se décolorèrent, ses yeux s'éteignirent; elle laissa retomber sa tête et s'évanouit.

Maïa la prit dans ses bras et lui fit respirer des sels. Le baron se leva, fit quelques pas vers le lit de repos, et montrant la comtesse:

«Voilà ce que vous en avez fait!» dit-il.

Georges le regarda sans lui répondre. Sa bouche n'avait plus de voix, comme ses yeux n'avaient plus de larmes: l'angoisse sculptait sur son visage l'image de la douleur. Le baron regretta sa violence.... il se rassit sans ajouter un mot.