Il publia, en 1663, une autre traduction de deux autres ouvrages espagnols, l'Année spirituelle et le Manuel des États, avec un poème sur la Naissance de l'homme. En 1673, l'année même de la mort de l'archevêque de Narbonne, parut sa traduction de l'Histoire de Charles V, d'Antoine de Vera, et, en 1678, son poème de la Visitation d'Alençon, adressé à toutes les illustres filles qui sont consacrées à Dieu dans la sainte religion. Alençon, 1678, in-8°.
La littérature espagnole était alors à la mode. Un autre Alençonnais, Truel de Cohon, sieur de Beauvais, qui avait été employé comme ingénieur au service du Portugal, écrivit en langue castillane des remarques sur les additions à l'Histoire d'Espagne, de Mariana, et les publia ensuite en français en 1676[9].
On peut placer encore au nombre des personnes avec lesquelles l'exilé de Narbonne put avoir des relations, Hervé Fierabras, sieur de Motté, qui publia en 1683 une Méthode de Chirurgie. Mais on ne peut ajouter à cette liste Mlle Desjardins de Villedieu, qui de bonne heure avait pris son envolée vers Paris et qui ne revint se fixer aux environs d'Alençon que vers la fin de sa vie.
Corneille Blessebois, à bien plus juste titre que Mlle Desjardins, était alors un autre sujet de scandale pour les moins scrupuleux. Au retour du premier des voyages lointains auxquels il fut obligé, pour se soustraire aux conséquences des méfaits de toute sorte, qui forment le tissu de sa vie privée, sans compter ses écrits, Blessebois composa, pour se mettre en crédit auprès des libertins de sa ville natale, Les Aventures du parc d'Alençon, recueil satirique, en prose et en vers, d'histoires scandaleuses qu'il prête aux dames d'Alençon et aux personnes les plus respectables de cette ville. Cet ouvrage est resté manuscrit, mais nous devons à M. L. de La Sicotière, qui en possède une copie et qui a préparé une notice complète sur Blessebois, la communication d'un passage des Aventures du parc d'Alençon, dans lequel on a cru reconnaître l'archevêque de Narbonne:
Le patron des climats nobles d'antiquité,
Que Thétis baigne et que le soleil brûle,
Passe sur les genoux d'une fière beauté
Les ardeurs de la canicule;
Et, dans ce lieu de volupté,
Par de saintes leçons, avec moins de scrupule,
Il lui prêche la charité,
Pour attendre en repos l'arrêt des destinées
Sur les tristes succès qui, depuis tant d'années,
Accompagnent ses actions.
Il voit ses occupations;
On lui fait, en d'autres journées,
De tendres exhortations;
On punit son impatience
Par d'amoureuses pénitences.
Mais pour ne s'abandonner pas
Au malin soupçon du vulgaire,
Il fait souvent suivre leurs pas
Par une roulante bergère.
Ces vers amphigouriques ne valent évidemment pas la peine qu'on s'y arrête. Il est des imaginations perverties qui salissent naturellement tous les objets auxquels elles s'attachant. Cette peinture de convention aurait pu, tout aussi bien, être adaptée par Blessebois à n'importe quel ecclésiastique, quel qu'il fût.
L'archevêque de Narbonne fut, toute sa vie, irréprochable dans ses mœurs; il aurait été le modèle des prélats de son temps si sa carrière n'avait pas été brisée par la catastrophe de son frère. Ces traits grossiers s'adressant à un personnage élevé en dignité à un proscrit, pouvaient tout au plus égayer un instant quelques mauvais sujets de la société d'Alençon attachés, au moins en apparence, comme Blessebois lui-même, à la religion protestante. Les honnêtes gens qui purent avoir connaissance des Aventures du parc d'Alençon, qu'on colportait sous le manteau, ne purent y voir qu'une lâcheté et une infamie de plus.
Les protestants, qui jadis composaient près de la moitié de la population aisée d'Alençon, y étaient, dès lors, en minorité. Les querelles théologiques y avaient mis la division parmi eux, et le synode national, ouvert à Alençon le 27 mai 1637, par Louis Hérault, pasteur de cette église, en contient la preuve. Pierre Allix, autre ministre de l'église protestante d'Alençon, eut à ce sujet avec Hérault, des querelles fort vives qui obligèrent ce dernier à passer en Angleterre, où il fut placé à la tête de l'église Wallonne. Pierre Allix mourut à Alençon en 1665. Il avait publié, en 1658, un livre de controverse dédié à son troupeau.
Un autre pasteur d'Alençon, Mathieu Bochard, frère du savant hebraïsant Samuel Bochard, pasteur à Caen, s'était attiré une affaire désagréable par la publication d'un Traité sur l'invocation des saints, le culte des images et des reliques, et avait été condamné à une amende de 50 livres qui fut confirmée par la Chambre de l'Édit, en 1667. En 1662, il fit paraître un projet de réunion des Calvinistes et des Luthériens qui n'eut pas de succès. Il mourut à Alençon, le 20 février de la même année.
L'année 1664 avait été marquée par la démolition de l'ancien temple d'Alençon, situé rue du Temple, au centre de la ville, et remplacé par un autre édifice destiné au culte, construit à l'extrémité du faubourg de Lancrel.