Il n'y a pas de place pour la jalousie dans le cœur rude des Yukoners.
Bighorn est le roi de Last Chance, un roi débonnaire qui est resté l'ami de ses sujets. D'autant qu'une royauté, cela se fête.
On a bu pendant trois jours à la Branche de Saule, à ses frais, c'est évident. Et quand je dis trois jours, j'entends trois fois vingt-quatre heures, car il n'y a plus de nuit sur le Yukon. La lumière a pris possession des terres polaires et sa maîtrise est absolue. On travaille, on mange, on boit (on boit surtout), on se couche, on dort, on se réveille avec le jour…
Et toute cette clarté persistante jointe à l'effort donné énerve les corps, et l'atmosphère du saloon s'en ressent.
Il y a foule dans les deux salles. Les parties de poker s'animent, accompagnées par l'inévitable piano mécanique qui moud, inlassable, des airs pour les acharnés danseurs.
Avec les steamers à palettes sont descendues les dancing-girls et une nuée de garçons qui attendaient le printemps pour tenter la fortune.
Les cris fusent, mêlés aux rires aigus des femmes ; le mot « dollar » domine.
— Mille dollars.
— Un « pot » de quinze cents dollars.
— … quelques dollars.