— Mauvais?
Mauvais! Billikins ne sait pas, ses ancêtres n'ont jamais su guérir les coups de feu. Une bataille, hache ou couteau, oui! Browning, carabine, armes du diable! Mais, pour lui, Billy pense que les blessures ne sont rien ou peu de chose. C'est dans la tête. Il a dû dormir la bouche ouverte et l'esprit des ténèbres est entré, furtif. C'est lui qui cause ces ravages dont les mots disent les effets. Et le superstitieux Indien sort le bâton d'ivoire qui écarte les maléfices du Malin.
Il officie et, véritablement, si la minute n'était grave, ce serait un fou-rire de voir le Cree, à face tatouée, prononcer des incantations. Il est debout, enveloppé d'un plaid écossais dont les franges balayent le sol malgré la ceinture en peau de moose ; son chapeau melon le coiffe jusqu'aux oreilles dont les cartilages sont rabattus.
Il se promène devant le lit, traînant ses mocassins dont les lanières pendent ; il prend à témoin Klouch, le grand maître des Sommets, celui qui domine les hommes et les choses ; il lui fait des serments :
— Je t'apporterai des plumes d'aigle, du saumon, un renard, de l'huile — non de phoque, mais de baleine.
Mais invoquer Klouch n'est peut-être pas suffisant : on pourrait faire appel à Kioly, l'esprit de l'aurore boréale. C'est un dieu esquimau, qu'importe, il peut avoir des pouvoirs magiques. Et puis il y a la face-pâle clouée sur un double bâton, celle dont parle l'homme qui vend des prières ; il n'est pas inutile de l'implorer.
Et Billikins, Indien Cree, se courbe gravement et se frappe la poitrine avec le poing, cependant que ses lèvres laissent passer des mots incompréhensibles.
Ayant accompli son devoir, Billy est rendu à l'ombre.
— Si on le transportait à l'hôpital Sainte-Marie? suggère Flossie.
Gregory fait un saut comme si son talon touchait un reptile.