Ils sont quatre : un primitif, trois civilisés. Ils sentent peser sur leur âme la lourde angoisse de la nuit polaire ; la fatigue donne le vertige à leur cerveau ; le froid mord leur chair. Tous sentiments s'effritent pour ne laisser surgir que l'instinct ancestral.
Ils le portaient au fond d'eux-mêmes sans le savoir, cet instinct qui, pendant des milliers d'années, avait guidé la race. Sous les civilisations superposées, on avait étouffé sa voix et voici que, soudain, il reparaît pour guider la bête humaine comme aux grands jours des randonnées d'autrefois.
Beauté sauvage du paysage, épouvante montée de l'abîme qu'on tente d'apaiser avec une oraison chrétienne!
Demain?
Rien ne compte. Tout disparaît devant la minute présente.
Ce n'est pas demain qu'il faut vivre, c'est maintenant, à l'instant précis où le pied se pose sur la piste incertaine.
Le traîneau glisse sans bruit, sans bruit passent les errants. Ce sont des ombres qui se meuvent. Rien ne trouble la sereine immobilité de la nature, si ce n'est la respiration des bêtes et des hommes, qui fait une buée qui crépite dans l'atmosphère.
Les teams sont attelés à l'anglaise, les chiens accouplés deux à deux. Chappy morte est remplacée par Oregon. La meute du postier est au complet : vingt-cinq. Vingt-quatre au traîneau. Tempest, le leader, libre, en éclaireur, sur les talons de Billikins. Six labradors traînent le traîneau d'Hurricane.
Et l'inévitable se manifeste.