— Garçon, nous sommes sur une fichue route, mais j'ai confiance. On s'en tirera. Le plus mauvais est fait. Maintenant plus de montagnes, plus de ravins, quelques mamelons, des jeux d'enfants! Et puis la plaine. C'est le diable si nous ne rencontrons pas une des dizaines de petites rivières qui descendent au Yukon. La première que l'on rencontre, on la suit jusqu'au confluent… Et voilà!

Et voilà. C'est tout simple. La rivière est gelée, piste excellente ; quelques cent milles et l'on rencontre le trail sauveur. Cela doit paraître raisonnable à Hurricane puisqu'il ne dit mot.

— A mon avis, poursuit le postier, nous avons franchi de l'ouest à l'est les Ogilvie. Nous sommes les premiers à qui pareille chose arrive. Depuis l'époque où le mammouth se baladait ici, bien peu de bougres, debout sur deux pattes, ont dû se promener par là.

Ce crochet sur les terres inexplorées n'est pas pour déplaire à l'âme aventureuse du garçon qui, depuis des années, suit les pistes tracées par les autres. Mais il a le souci du devoir. Il est fonctionnaire du Gouvernement de Sa Majesté britannique. On lui a confié le soin d'apporter de la joie à ceux qui peinent à l'autre bout du monde sous un climat meurtrier.

Les sacs gonflés de nouvelles attendent, rangés dans le bob sleigh, et les garçons attendent eux aussi, là-bas.

— C'est fini de s'amuser. L'école buissonnière cesse, on reprend les affaires. En avant!

— Comment, on s'en va? On ne reste pas jusqu'au lendemain? Les chiens sont las, les hommes goûtent un repos mérité.

— Oui, mais on part dans une heure.

— Après avoir mangé?

Sure, explique Gregory.