Et, pour prouver son courage, elle se hâte. Hurricane la rejoint en deux enjambées, se penche vers elle, passe son bras sous sa taille et l'on assiste à ce spectacle imprévu : deux êtres enlacés, qui vont, à l'ombre crépusculaire du pôle, comme deux amants dans une allée à l'ombre accueillante des grands arbres de la forêt californienne.


Un rocher énorme se dresse comme l'archange fatidique, montant la garde aux portes de l'Enfer.

Derrière le rocher, la plaine. Sur la plaine, un point, là-bas, qui bouge.

Une ourse.

La bête balance sa tête d'un mouvement inquiet, la tache noire du museau se plisse ; les yeux ardents s'éteignent sous les paupières clignées.

Les ongles durs griffent la glace. L'ourse se dandine sur une patte, puis sur l'autre. Contre chacun de ses flancs, un ourson.

Les oreilles droites, elle écoute. Elle renifle trois fois. Le vent lui a rabattu l'odeur des hommes. Elle hésite, puis se tourne et bat en retraite précipitamment.

Les oursons trottent sur son sillage. Elle décrit un arc de cercle pour chercher son salut.

Soudain, elle s'arrête, écoute et renifle encore. Les hommes sont sur sa trace. Elle comprend alors qu'il faut combattre. Elle s'immobilise, les petits se couchent sous elle.