La nuit l'environne, les bêtes puantes le guettent… Non, c'est la théorie des blonds archanges dont a parlé Flossie et, pour lui donner raison, le ciel se déchire. Des rubans blanchâtres se dénouent un à un qui, formant des faisceaux et des gerbes, s'allument de mille paillettes.
Au ras de l'horizon se déroule une banderole de lumière atténuée ; un immense anneau se forme dans lequel s'inscrit une croix, puis la croix s'efface, un serpent se love ; souple, fuyant, il passe au travers des cercles bleus et roses.
La terre est comme baignée de lune. Chaque chose se détache avec une netteté singulière.
Les chiens sont arrêtés, museaux levés. On les croirait découpés au ciseau, de même Gregory, de même les rochers.
Derrière les scintillations qui s'élèvent, de bas en haut on aperçoit le clignotement des étoiles, des étoiles disparues depuis plusieurs semaines et qui disent clairement : « Votre destin vous mène au Nord et c'est à l'Ouest que vous alliez! »
L'erreur est humaine, la nature seule poursuit le cycle de son immuable révolution prévue dans les siècles des siècles.
Que pèse le vouloir des hommes?
Mais la nature leur permet l'illusion de la volonté pour les aider à vivre… et à mourir.
Et, à ceux qui vont mourir, elle dévoile sa beauté. Un halo monte dans la transparence céleste ; ses hachures dorées descendent comme une pluie de feu, d'un feu très doux, très pâle, dont les flammes s'intensifient peu à peu et qui, rouges à la base, jaunes au milieu, sont vertes au sommet et, à nouveau, dans une circonférence parfaite, une croix apparaît.
La croix de mort ou la croix d'espérance? Faut-il renoncer? Faut-il croire? C'est vers ce signe fatidique qu'Hurricane avance, portant à ce dieu inconnu une offrande fleurie, la foi d'une double jeunesse.