Alors sans hésiter, Tempest et Hurricane prennent le lit gelé de la rivière des Peaux de Lièvres qu'ils remontent jusqu'à sa source, là-bas, très loin, du côté du grand lac de l'Ours.
CHAPITRE XXXI
OU L'AUTEUR INTERVIENT ET RETROUVE UN AMI
— Freddy, mon ami, vous avez le diable dans la peau. Vous ne voulez rien entendre, c'est bon, mais si vous aviez pour deux onces de bon sens, vous laisseriez là vos raquettes et votre winchester et vous resteriez tranquillement au coin du feu.
« Le blizzard souffle depuis une couple d'heures et je plains ceux qui sont obligés de tenir la piste. »
Comme pour confirmer les propos que me tient Sulpice La Berge, la rafale passe en sifflant dans la pinède. Le bois cassé craque et tombe.
Le vent lutte avec les arbres. Il prend son élan dans la plaine qu'il fustige à coup de lanières et, tourbillonnant et hurlant, il s'engouffre dans le bois. Il saisit les baumiers, les liards, les épinettes à pleins troncs, les secoue pour les enlever. Le vent ne souffre pas d'obstacles, il veut être libre de folâtrer ou de courir. La forêt l'humilie ; depuis des siècles il se bat avec elle. Sous les hautes futaies, voûtées en cathédrales, la bise venue du Nord s'engouffre avec un bruit d'orgue.
Et la cabane, au cœur de la forêt, écoute le vent qui rage, qui pleure, qui gémit. Il rampe, il se fait humble, il implore, mais, comme on ne l'écoute pas, il se soulève et, dans une spirale, il tord un sapin de trois ans qu'il ploie et arrache.
Sulpice La Berge est couché. Il relève ses couvertures jusqu'au menton, étire ses jambes et déclare :
— Je ne mettrai pas le nez dehors de la journée, j'en jure…