Brusquement, sans raison apparente, Tempest remonte au Nord, suivant une double ligne de collines parallèles au cours du Mackenzie encore invisible. Si le vent soufflait Nord, Nord-Est, il apporterait aux bêtes l'odeur des hommes qui occupent le poste de Good-Hope ; mais la bonne Espérance est décevante, c'est de l'Est qu'arrive le vent, le vent qui passe sur l'immense forêt canadienne comme pour apporter un peu de joie à la détresse des terres battues par la tempête.
Vers le milieu du troisième jour, du haut d'une éminence, Tempest et Hurricane voient le Mackenzie, comme un trait blanc ourlant l'horizon.
Le Mackenzie, l'Athabasca des Indiens, la rivière de la Biche des Français qui, après un cours de plus de quatre milles, se jette dans l'Océan glacial par cent branches diverses formant un delta de 142 kilomètres.
Les chiens évitent le dangereux rapide de Sans-Saut, tournent au Sud et descendent le fleuve que de hauts plateaux accompagnent et, lorsque le fleuve redevient accessible, ils franchissent posément les huit kilomètres qui séparent les deux rives.
Deux fois, les chiens rencontrent des hommes, mais Tempest n'a pas jugé utile de s'arrêter.
Ils évitent les ruses d'un groupe d'Esquimaux Tchiglit, tonsurés comme des Dominicains, et qui émettent la prétention de les capturer. C'est un jeu pour Tempest et Hurricane de les dépister. Tempest, peu charitable, s'amuse même à les mystifier. Il revient sur ses pas et, comme les hommes, tout à l'ardeur de la chasse, ont laissé le camp libre, il leur dérobe un quartier de cariboo dont Hurricane a sa part.
Ils ne s'attardent pas au festin. Ils reprennent leur course errante et Tempest, relevant la trace d'un carcajou, manifeste sa joie par un aboi sonore.
La vaillante bête sait que s'il y a des carcajous, il doit y avoir des hommes, les premiers suivant les seconds pour rafler le gibier pris au piège.