Après les terres désolées, ce trait est le signe de vie. C'est l'orée de la forêt prochaine, forêt aux arbres rabougris, bouleaux, aunes et saules, épinettes blanches qui, après trois cents ans d'existence, ont un tronc de 20 centimètres.
Cloq, cloq… cloq… cloq… un nouveau cariboo coupe la piste, aperçoit les chiens qu'il prend pour des loups et, peureux, détale, les quatre sabots sous le ventre, les bois dressés ; il brame et son cri solitaire se perd dans l'aube qui vient.
Tempest, la gueule de travers, a l'air de se payer la tête de son camarade. Celui-ci, furieux, part comme une flèche et bientôt disparaît. L'autre attend, tranquillement assis sur son derrière. Hurricane-chien revient triomphant, tenant entre ses mâchoires le corps sanglant d'un lièvre blanc.
Fraternels, ils partagent la proie et repartent.
Le soleil s'attarde plus d'une heure. Ils vont.
Le crépuscule, couleur de cendre, tombe. Ils vont.
La nuit vient, froide et bleue. Ils vont.
Mais, comme il y a près de vingt heures qu'ils courent, indifférents au spectacle d'une aurore boréale qui image la page du ciel, ils creusent un trou dans la neige, se couchent en rond et s'endorment.