Hurricane-chien, pas très rassuré encore, mais plus vaillant, s'avance. Le grand loup frotte son flanc contre son flanc ; pour un peu ils joueraient tous trois à se rouler sur la neige.
Mais Tempest est un civilisé qui a le souci du devoir. A petits coups de museau, il dit adieu à son frère et les deux chiens passent au petit trot devant le bataillon des loups dont les yeux animent la nuit.
Les étoiles s'éteignent une à une.
A l'aube, Tempest relève une piste humaine : il la suit. Ce sont, dans un igloo, deux chasseurs, des Esquimaux Tinneh, deux pauvres « peaux pointues » montés des rives du Grand lac des Esclaves à la recherche d'un ours polaire improbable.
Tempest secoue ses oreilles et poursuit son chemin. Hurricane-chien commence à se demander si l'on ira ainsi longtemps. Mais l'autre ne veut rien entendre, et cependant il y a dix raisons de s'arrêter : cette hermine criarde vaudrait bien un coup de dent, ce vison aussi.
Hurricane passe sa langue sur ses babines, puis, toujours courant, il rattrape Tempest qui, lui, ne veut rien voir.
Cloq, cloq… cloq… cloq…, ce bruit spécial, Hurricane le reconnaît : c'est un cariboo. La belle bataille, si Tempest le permettait. A deux on prendrait la bête de flanc… Hurricane-chien sait qu'il faut se garer des sabots… Hélas! Tempest refuse…
Les cloq, cloq… cloq… cloq… s'espacent.
Une ligne sombre ferme l'horizon. C'est vers elle que les chiens vont.