Je ris tout haut, j'ai dit ce mot sans y prendre garde.
Ici, c'est la nature primitive, les Esquimaux qui tapent sur une peau de phoque et qui dansent en remuant les épaules… là-bas, joie raffinée, la grosse caisse, le jazz band, le shimmy…
Je m'interpelle :
— Dis donc, vieux, les bons confrères qui écrivent les romans d'aventures en se grillant les pattes devant la salamandre!
Le vent siffle, sa plainte aiguë se prolonge… C'est la voix des pauvres bougres qui claquent du bec dans la Ville Lumière parce que les doux apôtres sont « confortables », d'une digestion lente mais sûre.
Hou! Hou!… hououhou… ouou… mugit le vent.
Le vent? Allons donc! La meute qui conspue et qui, ne pouvant donner du croc, bave…
Chaque matin, la horde se lève, le ventre sonne creux, c'est la chasse… Le chasseur chassé… chasseurs, sachez chasser… Ma langue fourche ; pour éloigner la formule importune, je bourdonne lèvres closes un air de cor : ton, ton, et tontaine…
C'est une obsession, la chanson se déroule vers par vers… Je m'en débarrasse en riant et, glissant sur la piste glacée, la carabine barrant le dos, je lève les bras comme un primitif qui a pris une proie.
Un renard effaré détale à dix mètres devant moi. Voici le premier piège. Attention. Rien. Il est enseveli sous la neige. Sulpice La Berge n'avait pas tort.