Elle paraissait douce à leur espoir, cette montée sans fin, parce qu'elle aboutissait au mirage des mines. De là partaient les pistes qui menaient au Dominion, au Cariboo et, plus loin, aux riches gisements de la Bonanza, de l'Eldorado, de French Hill.

Old Ridge Road! souvenirs d'hier déjà lointains.

Au flanc du mont ouvert saigne une terre rouge, rouge comme le sang des premiers conquérants.


Gregory ne s'est pas attardé à la ville. Il s'est présenté au Post Office où il a reçu des félicitations « pour avoir ramené les sacs de correspondance en péril » (style officiel), mais cela lui importe peu. Il a dit au post-master : « Je vous remercie. » Puis il est parti acheter une nouvelle équipe de chiens.

On lui a offert un remplaçant. Tudieu! la belle colère qui flamba. Ah! il fallait voir le postier! Un remplaçant! On le prenait pour quoi, alors? Fini, claqué, au rebut? Il allait leur montrer qu'il n'était pas une poule mouillée.

En quarante-huit heures, tout était réglé. Les chiens vérifiés, les chargements assurés, les provisions renouvelées… et le signal du départ donné.

En avant.

Hurricane et Flossie sont du voyage. Sulpice La Berge et moi ne pouvons songer à les accompagner. Nos bêtes sont fourbues, elles ont besoin de deux bonnes semaines de repos, avant de reprendre la piste.

A la pensée qu'il va falloir se quitter, au tournant de la route, le cœur se serre. Je tiens pourtant à escorter Gregory jusqu'au bout de la côte à l'endroit où le trail s'enfonce dans la masse chaotique des monts qui, dans une chevauchée fantastique, ferme, tout là-bas, l'horizon.