La bête m'aperçoit et se dresse sur ses pattes arrière, son aboi monte clair. Il gratte ma poitrine avec ses pattes de devant.
— Oui, mon vieux, allons, c'est bon, assez, je ne t'avais rien dit. Oui, oui, tu es une brave bête, au revoir, mon vieux. Allons, sois sage.
Le chien, calmé, est immobile ; seule sa queue balaye le sol. Je lui caresse un instant le mufle.
— Bonne chance pour toi aussi.
Je fais trois pas. D'un bond, Tempest me rejoint ; le mouvement a été si brusque que les six premiers chiens ont été renversés ; le leader se démène, furieux ; ses yeux étincellent, sa bouche bave ; il aboie comme un enfant pleure, avec frénésie.
Gregory, pour mettre fin à cette scène, lève le fouet, mais son bras retombe sans avoir châtié. C'est un désordre indescriptible, tous les chiens hurlent. Hurricane veut apaiser Tempest, mais Tempest lui déchire la main.
Alors le postier, de sa gaine de cuir, sort son couteau ; la bête est à nouveau couchée ; l'homme se penche et, d'un coup sec, tranche le cuir.
Etonné, l'animal reste sur place, puis, comme mû par un ressort, il est debout, regarde Gregory, fait quelques pas en rampant. Soudain, il se détend et file éperdument.
Il n'a pas mis vingt secondes pour me rejoindre.
Quelle folie! Il me saute au visage, lèche mes mains, se couche à mes pieds, se relève pour rebondir.