— Oua, oua, oua, répond la bête.
Puis, ayant accompli sa mission, au petit trot elle s'amène.
Tous deux nous regardons partir l'équipe qui, derrière un rocher, disparaît bientôt.
Nous restons seuls, Tempest et moi. Enfin, nous regagnons la ville. L'exubérance de Tempest est tombée… On n'entend plus le grelot des bêtes, le silence a repris la terre. Le chien me suit, la tête basse. Dans son âme obscure, monte un regret ou un remords.
CHAPITRE XXXVI
DES GRELOTS DANS LA NUIT
Le décor d'un saloon, dans un camp de mineurs, paraît à première vue monotone. C'est l'épreuve classique, tirée à des centaines d'exemplaires, d'une salle, avec, comme toile de fond, un comptoir et des bouteilles alignées. Des tables avec, autour, des gens qui boivent et qui jouent et qui, lorsqu'ils ne jouent ni ne boivent, dansent.
Trois grelots de folie attachés à la marotte des hommes : l'alcool, le jeu, la danse.
Le garçon qui évolue dans ce milieu est, lui aussi, pareil aux autres : la même allure, la même impression de force, la même marque de volonté.
Et, cependant, si on les examine de près, combien celui-ci est différent de celui-là. C'est une troupe uniforme, mais où chacun garde sa personnalité. Ils n'ont de commun que le soin qu'ils apportent à cacher certain coin de leur existence. S'ils n'aiment pas à bavarder, ils s'abstiennent aussi de connaître. Celui qui arrive est accepté et personne ne songe à lui demander d'où il vient, où il va.