La formule « chacun pour soi » est de mise sur ce sol où l'on essaye sa chance.
C'est l'instinct barbare du terrain de chasse qui domine encore les peuplades primitives et qui est resté si vivace chez les Indiens du Canada.
Mais tous ces errants, venus du diable, sont éminemment des êtres sociables. L'égoïsme ne les anime pas. Ils sont susceptibles de beaux élans de générosité et de solidarité.
C'est au bar qu'il sont eux-mêmes. La malhonnêteté est l'exception ; démasquée, elle est chèrement payée.
L'ivrogne solitaire n'existe pas. L'alcool est à tous. Celui qui a paye pour celui qui n'a pas, et si des signes significatifs apparaissent, on ne rencontre jamais de ces déchets humains aux mains tremblantes, à l'haleine puante, à la face ravagée où se lit clairement la démence et la mort.
Etre égoïste, ce n'est pas seulement vivre pour soi, c'est limiter sa volonté d'aimer.
Le coureur des bois, le chercheur de piste, qui est venu sous le cercle polaire, reste humain au sens propre du mot. Il est rattaché au monde civilisé par des liens qui lui sont chers.
Il faut avoir vu l'attente du courrier et la distribution des lettres pour s'en rendre compte.
Par hasard, lorsqu'il s'agit d'eux-mêmes, ils parlent avec amour de la mère, du père, de la fiancée ; ils ont toujours une figure de femme, photo jaunie aux traits effacés, dans leur portefeuille.
Ils affectent une âme internationale, mais, au fond, ils ont tous l'amour de la petite patrie, du clocher ou du ranch qui les a vus naître.