L'autre interrompt :
— C'est un garçon fait comme un autre. Que voulez-vous qu'il fasse? Si la toundra l'a pris ou si la glace a crevé sous lui!
La partie continue, silencieuse. Ils sont soixante dans le bar qui jouent et boivent sans autre bruit que le son mat des dés qui heurtent le bois ou le claquement d'une carte.
Soudain, une fille se dresse, tend l'oreille, jette sa cigarette et ouvre la porte. Elle écoute. Dans la nuit monte une rumeur lointaine.
— La porte! clame un garçon.
— Ta figure, toi… Ecoutez, il y a des grelots sur le trail.
Les hommes se précipitent, les faces se tendent en avant… La rumeur est moins confuse, elle grandit, elle approche, elle est là… Les grelots tintent… Jamais clochettes saintes n'ont courbé ainsi les hommes.
La chose n'est plus niable. Quelqu'un tient la piste, et c'est la ruée au dehors. En dix secondes, le saloon est vide ; sur la table, les dés et les cornets gisent mêlés aux mises d'argent, des cartes jonchent le plancher. Le barman lui-même a suivi.
Le bruit se perçoit nettement. Les phrases fusent :
— C'est le mail-stage!