Le long des murs s'accrochent les bougainvilleas pourpres, les roses en grappes ou les géraniums couleur de chair.
C'est doux, c'est bon ; les parfums montent, subtils et rares ; les vagues se déroulent mollement, presque sans bruit ; un pinson trille sur un poivrier sauvage.
Le trail, la mine, le froid, l'éternel crépuscule, tout est brouillé dans son souvenir, tout s'estompe et s'efface devant la splendeur du soleil qui englobe dans une même caresse la terre et l'océan.
Le cœur d'Hurricane s'engourdit. Mais sa pensée veille.
L'orchestre attaque une czarda. Le rythme violent crispe les nerfs. Des enfants criards se poursuivent, des gens, qui ont trop bien déjeuné, passent. Ce sont les heureux de ce monde, c'est pour eux que, là-haut, des hommes peinent. La chair oublie vite, il suffit d'un peu de soleil, mais du profond de l'âme s'élève le souvenir des jours qu'on a vécus, ce qui ne meurt jamais en nous.
Ses lèvres font un mouvement involontaire comme si elles avaient goûté quelque chose d'amer.
Cette barque qui fuit, penchée par la brise, presque couchée sur les flots, elle est blanche comme la neige polaire… Non, ça n'est pas vrai, le soleil ne luit pas pour tout le monde. La machine ronde ne reçoit pas tous les rayons : ici ils criblent l'eau ; là-bas, c'est une boule qui roule jaune, maladive et sans gloire.
L'iode de la mer avive ses poumons. Là-bas le froid les mordait, rien ne troublait le grand silence blanc. Ici le feuillage frissonne de la chanson des oiseaux, chaque branche cache un nid.
Il a la joie des yeux. A-t-il la joie du cœur?
Une phrase revient : « Partez, mon cher petit, il faut toujours suivre son cœur. »