De la vérandah arrivent des accords, violons et violoncelles, valse viennoise, exécutants en smoking de couleur.


Et Hurricane songe, assoupi, à des choses confuses. Il ne se rend pas très bien compte de ce qu'il est venu faire là. Le balancement endort son esprit qui saisit par instants un motif musical, une nuance, un parfum.

Son âme est étonnée de vivre sous ce ciel lumineux, après l'angoissante nuit polaire.

Au fait, oui, pourquoi? Pourquoi est-il là?

Un hôtel bien connu, dont l'aile gauche est pareille à un manège de chevaux de bois surmonté d'un pigeonnier ; l'aile droite porte, sur sa façade, un étrange motif qui, partant du troisième étage, grimpe par-dessus le toit ; un toit rabattu en trois morceaux comme une coiffe de paysanne. Le centre est germano-hollandais, flanqué d'une tourelle trouée de seize fenêtres.

De chaque côté, des vérandahs en rotonde et des terrasses avec une balustrade de bois. C'est, selon les « guides », le plus bel hôtel in the world.

Bah! il n'y a qu'à tourner le dos à l'œuvre des hommes, la nature s'offre, généreuse.

En face de San-Diego, entre le Pacifique et la Baie, l'île de Coronado est une tache verte entre le bleu du ciel et le bleu de la mer.

Les magnolias, les palmiers, les bananiers, les camphriers se mêlent aux orangers, les champs d'œillets alternent avec les champs d'héliotropes.