La voix est rude.

La bête s'en va, tête basse. Elle fait trois pas, s'arrête, regarde de côté. Non, on ne la rappelle pas. Alors, tristement, elle se couche en rond sur la paille.

La mère Oie et ses filles passent, le cou droit, la croupe traînante.

Sa joie est de se jeter au travers du troupeau et d'aboyer… il les laisse aller, paisibles.

Le vent rabat l'odeur de la montagne, les thyms et les serpolets où sont les lapins par centaines.

Les premiers jours, il aimait franchir d'un bond la haie et le torrent… Il courait sous la futaie, libéré de toute servitude, lâchant la bride aux instincts primitifs. Quelles ruées et quels carnages!

Il rentrait, le soir, la panse pleine, les babines saignantes.

Oui, mais deux fois douze mois sont passés. L'accoutumance est venue, les plaisirs faciles ne sont plus des plaisirs.

Autrefois, c'était le travail, la fatigue, la peine, la pâtée hâtive, le refuge incertain, le froid qui brûle les pattes, la neige qui aveugle les yeux, les harnais qui font une marque à la peau.

Aujourd'hui amène les paresses d'hier, la litière chaude de l'étable, la paille fraîche de la cour.