Sous le cercle polaire la vie a des exigences plus grandes que sous les ciels civilisés.

Question de latitude, de nerfs aussi. Et puis la besogne coutumière vous happe et ne vous lâche pas. Il y a la neige, qui tombe inlassablement ; il y a la tempête qui hurle au fond des gorges de basalte ou qui balaye la plaine comme une maîtresse impérieuse chasse devant elle des troupeaux d'esclaves ; il y a les mille choses dont la plus minime est la pointe dentelée d'un rouage essentiel à la bonne marche de toute la machine, les chiens qui ont faim, la bête humaine qui a froid, la pâtée à préparer, l'igloo à construire si l'on veut dormir cette nuit sous un toit, toit de glace, mais sécurité et réconfort quand même.

Qu'est-on sur la plaine qui se déroule à l'infini, immense comme une peine? Moins que rien, des hommes! Des hommes qui ont à se défendre contre tout et contre tous. L'autre, là-bas, est mort de n'avoir pas pris garde.


Gregory Land, ayant planté une croix de sapin sur le tertre glacé, estime avoir fait son devoir, tout son devoir.

— En route, garçon, et ouvrons l'œil.

— Vous croyez?

— Je ne crois rien et je crois tout.

A mi-voix, comme s'il mâchait sa chique, il marmonne :

— Ici, je crains moins la nature que les hommes.